Les oeuvres de Dalì et le Surréalisme

La dimension paranoiaque-critique dans l’oeuvre de Dali

« Dali a doué le surréalisme d’un instrument de tout premier ordre, en l’espèce la méthode paranoïaque‐critique, qu’il s’est montré d’emblée capable d’appliquer indifféremment à la peinture, à la poésie, au cinéma, à la construction d’objets surréalistes typiques, à la mode, à la sculpture, à l’histoire de l‘art et même, le cas échéant, à toute espèce d’exégèse ».

André Breton, Qu’est‐ce que le Surréalisme ?

DALI Salvador, Les cygnes se reflétant en éléphants, 1937, huile sur toile, 51 x 77 cm, Cavalieri Holding, Co., Inc., Genève, Suisse,  http://www.artmajeur.com/fr/artist/bomar/collection/copies-de-tableaux-de-maitres/1107525/artwork/les-cygnes-se-refletant-en-elephants-selon-dali/1480645, © Marcel Boos

Salvador Dali, Les cygnes se reflétant en éléphants, 1937, huile sur toile, 51 x 77 cm, Cavalieri Holding, Co., Inc., Genève, Suisse, LIEN, © Marcel Boos

Qu’est‐ce que la paranoïa-critique? Comment Dali a-t-il transformé cette théorie psychanalytique en un instrument de production artistique?

C’est à partir de 1929 que l’artiste commence à avoir un intérêt pour les phénomènes paranoïaques. Il évoque sa méthode dans l’Âne pourri, un essai qui est considéré comme le premier manifeste de sa théorie, où il explique ses recherches personnelles effectuées à travers un travail mental, comme le fait de se réveiller dès l’aube pour contempler l’horizon afin de stimuler la mise en forme d’idées nouvelles. Il s’agit d’une activité psychologique qui peut parfois se relever physique. La paranoïa-critique est donc une méthode spontané de connaissance irrationnelle, basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes. Elle veut projeter une image inconsciente de la réalité. L’artiste l’utilise en modifiant ce qu’il voit. Cette méthode s’aligne parfaitement au principe du Surréalisme évoqué par André Breton dans ses Manifestes où il demande à ses seconds de « renverser l’ordre des principes rationnels qui les entoure, au profit d’un ordre dominé par des pulsions inconscientes ». À cela, Dali ajoute sa critique paranoïaque. Selon lui, la paranoïa « se sert du monde extérieur pour faire valoir l’idée obsédante ».

Salvador Dali, La Métamorphose de Narcisse,1937, huile sur toile, 51,1x78,1cm, Londres, Galerie Tate Modern, http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-dali/, © Tate, London 2012.

Salvador Dali, La Métamorphose de Narcisse,1937, huile sur toile, 51,1×78,1cm, Londres, Galerie Tate Modern, LIEN, © Tate, London 2012.

Selon le peintre, ce fut la première œuvre entièrement conçue selon la méthode paranoïaque-critique. La toile représente une scène du mythe de Narcisse, tirée du Livre III des Métamorphose d’Ovide. L’artiste présente donc un « poème paranoïaque ». Il reprend ce récit en illustrant l’image double de Narcisse et l’aboutissement de sa transformation. À gauche se trouve le personnage de Narcisse, dont l’image se reflète dans l’eau. Sa tête est posée sur le genou, il se courbe très probablement pour mourir. À coté se trouve son double qui nous montre le moment de la transformation du personnage.  La tête est remplacée par un oeuf, d’où surgit une fleur. L’oeuf se trouve dans une main de couleur grise qui évoque la mort, avec une ongle fissurée et des fourmis comme symboles de putréfaction.

Les figures archétypes et la métonymies

Salvador Dalì, Le Grand Masturbateur, 1929, huile sur toile, 110x150cm, Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-dali/, © Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía.

Salvador Dalì, Le Grand Masturbateur, 1929, huile sur toile, 110x150cm, Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, LIEN, © Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía.

La métonymie est une figure de style qui consiste à prendre la partie pour le tout, c’est un aspect fondamental de la méthode paranoïaque-critique. Après sa rencontre avec Gala au cours de l’été 1929, l’artiste s’enferme dans son atelier de Figueres pour finir deux grandes toiles, Le Grand Masturbateur est l’une d’elle.  La toile représente une grande tête livide et cireuse, aux joues roses, aux longs sourcils, une forme que Dali reprend souvent. Le nez de dimension importante s’appuie sur le sol. Au niveau de la bouche se trouve une sauterelle dont le ventre est envahit par des fourmis. La tête se termine en ornementations de style « Art nouveau ». Le Grand Masturbateur fait ainsi directement intervenir la biographie de l’artiste sous forme métonymique. En effet, la figure centrale est, en réalité, un portrait de l’artiste inspiré des minéralisations du cap Creus. Elle rappelle les lieux où Dalí et Gala décidèrent de s’unir. La sauterelle constitue la principale phobie du peintre et on peut supposer,  qu’étant elle-même attaquée par les fourmis, que le peintre verra sa bouche bientôt libérée car l’animal s’envolera et elle le libèrera ainsi de ses angoisses.

Webographie

– Paranoïa critique avec Dali, LIEN, 1 mars 2014

– Salvador Dali, Exposition Centre Pompidou du 21 novembre 2012 au 25 mars 2013, LIEN, 3 mars 2014

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Cette entrée a été publiée par lucapelliccioli, le 3 mars 2014 à 14 h 07 min, et est classée dans Dalì et l'émancipation du mouvement surréaliste. Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

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